Le tour de la Gaspésie en 7 jours : carnet de route
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La route depuis Montréal : gérer les attentes
Personne ne vous dit à quel point la Gaspésie est grande. J’ai regardé des cartes de la péninsule de nombreuses fois, et l’échelle m’a quand même surpris quand j’ai commencé à conduire. De Montréal à Percé — la pointe est de la boucle, au bout de la péninsule — c’est environ 950 kilomètres. En voiture, sans arrêts, c’est à peu près dix heures. Avec les arrêts qu’on fait inévitablement (la première fois qu’on voit le Saint-Laurent depuis la route côtière, on s’arrête ; la première fois qu’on voit un orignal, on s’arrête ; la boulangerie à Sainte-Flavie, on s’arrête), c’est douze à treize heures.
Nous avons fait ce trajet en deux jours, avec une nuitée à Rimouski après environ six heures. C’est l’approche sensée : Rimouski est une ville de taille moyenne agréable avec de bons restaurants, et ça permet d’arriver en Gaspésie proprement dite reposé plutôt qu’épuisé. L’alternative est de voler jusqu’à Gaspé (Air Canada propose un service saisonnier depuis Montréal, environ une heure de vol), louer une voiture au petit aéroport de Gaspé, et faire la boucle depuis là. Les deux approches fonctionnent ; nous avons conduit parce que nous voulions l’expérience côtière complète.
La route côtière est la Route 132, qui suit la rive sud de l’estuaire du Saint-Laurent puis fait le tour de toute la péninsule gaspésienne. À partir de Rimouski, les paysages commencent sérieusement : le fleuve est assez large ici pour que la rive opposée (le Bas-Saint-Laurent) soit à peine visible comme une ligne sombre, et les collines appalachiennes à l’intérieur sont déjà impressionnantes. Le moment où l’on passe Sainte-Flavie et où l’on tourne sur la route officielle de Gaspésie, on comprend pourquoi les gens font ce voyage spécifiquement.
Percé et le rocher
Nous sommes arrivés à Percé le troisième jour, en milieu de matinée, après avoir parcouru toute la côte sud. Percé est une petite ville d’environ 3 000 habitants permanents qui existe presque entièrement grâce au Rocher Percé — le rocher de 438 mètres de long avec son célèbre arc naturel qui se dresse dans la mer juste au large. Le rocher est l’objet le plus photographié de la Gaspésie et peut-être la caractéristique géologique la plus photographiée de tout le Québec.
Il est aussi véritablement impressionnant en personne, ce qui n’est pas toujours le cas des paysages très photographiés. Le rocher change complètement d’apparence selon la lumière et l’angle : tôt le matin, il reflète le rose du lever de soleil sur son visage de calcaire pâle ; au soleil de l’après-midi il devient ambre ; par temps couvert il ressemble à un décor de théâtre pour quelque chose de dramatique. Nous y étions pour deux nuits et la lumière était différente chaque fois que je le regardais.
La ville elle-même est orientée tourisme de façon directe — des restaurants avec terrasses tous face au rocher, des hôtels positionnés pour la vue, des boutiques de souvenirs vendant des rochers miniatures. Mais cela semblait moins cynique que ça aurait pu, peut-être parce que le rocher justifie l’attention. Nous avons dîné à La Maison du Pêcheur, un restaurant littéralement perché sur la falaise au-dessus du port, où le crabe fraîchement pêché et la vue se disputaient votre attention. Le crabe a gagné.
Île Bonaventure : la colonie de fous de Bassan
Un court trajet en bateau depuis le quai de Percé vous mène à l’île Bonaventure, une petite île qui abrite la plus grande colonie de fous de Bassan en Amérique du Nord — environ 120 000 oiseaux. Les chiffres rendent l’expérience écrasante dans le sens le plus positif du terme. On s’approche de la colonie à pied via un sentier balisé à travers l’île, et le bruit commence avant qu’on voie les oiseaux : un vaste grondement continu qui est la somme de 120 000 fous de Bassan appelant simultanément. Puis on gravit la dernière colline et la colonie apparaît, et c’est l’un de ces moments de rencontre avec la faune à grande échelle qui recalibre votre sens de ce que la nature contient vraiment.
Les fous de Bassan sont des oiseaux spectaculaires : grands (environ 90 cm du bec à la queue), d’un blanc brillant avec des pointes d’ailes noires et un rincé doré sur la tête et le cou, avec un comportement de plongée extraordinaire quand ils pêchent. À la colonie, ils sont en mouvement constant — arrivant, partant, se disputant des emplacements de nidification, nourrissant des poussins, exécutant les rituels élaborés de toilettage mutuel que les couples utilisent quand un partenaire revient de la mer. L’odeur est considérable (90 000 oiseaux ; faites le calcul). Le son est extraordinaire. L’impact visuel est véritablement déstabilisant.
Nous avons passé trois heures sur l’île et sommes revenus à Percé légèrement hébétés.
Le parc national de Forillon
De Percé nous avons conduit vers le nord le long de la côte jusqu’au parc national Forillon, qui occupe la pointe extrême de la péninsule gaspésienne. Forillon est l’une de ces propriétés de Parcs Canada qui semble sous-visitée par rapport à sa qualité — peut-être parce qu’elle demande de l’engagement pour y accéder — et elle possède des sentiers de randonnée qui rivalisent avec tout ce que la province offre.
Nous avons fait le sentier Les Graves le long de la côte du cap Bon-Ami, qui est une randonnée modérée de 6 kilomètres sur des sentiers de falaise au-dessus de falaises de calcaire de 60 mètres tombant dans la mer. Le sentier se termine à un point où, par temps clair, on peut voir simultanément les côtes nord et sud de la péninsule gaspésienne. Nous avions une journée claire.
La colonie de phoques au cap des Rosiers vaut un arrêt : des phoques communs se reposent sur les rochers sous le célèbre phare, et on peut les observer depuis la plateforme d’observation sans les déranger. Des naturalistes de Parcs Canada sont sur place en août pour répondre aux questions.
Les Chic-Chocs et Carleton-sur-Mer
La portion retour de la boucle remonte la côte nord (la Haute-Gaspésie) à travers les monts Chic-Chocs — l’extension québécoise de la chaîne des Appalaches — avant de redescendre vers la côte du golfe à Carleton-sur-Mer.
Les Chic-Chocs sont différents de tout le reste de la province : de vraies montagnes avec un terrain au-dessus de la limite des arbres, un dénivelé significatif et un caractère sauvage que le reste du Québec n’a pas vraiment. Le point culminant, le mont Jacques-Cartier à 1 268 mètres, est accessible par un sentier bien entretenu de Parcs Canada depuis le Gîte du Mont-Albert. Nous avons grimpé par un matin où de basses nuages coulaient sur la crête sommitale, ce qui créait une atmosphère d’isolement complet. Nous avons vu trois caribous, qui constituent la seule population restante de caribous des bois sauvages dans le sud du Canada.
La descente vers Carleton-sur-Mer nous a ramenés à la Baie-des-Chaleurs, qui est abritée par la géographie de l’île Bonaventure et notablement plus chaude que la côte ouverte du golfe — la baignade en mer y est possible en août d’une façon qu’elle ne l’est pas à Percé. Nous nous sommes arrêtés sur la plage à Carleton une heure avant de rouler les derniers kilomètres vers l’autoroute.
Ce que ce road trip m’a appris sur le Québec
La boucle gaspésienne est l’une des meilleures longues routes nord-américaines. Je le dis en ayant connaissance de la Pacific Coast Highway, de la route des Icefields Parkway, de la piste du Cabot Trail au Cap-Breton et de la Ring of Kerry en Irlande. La Gaspésie a quelque chose que ces routes n’ont pas tout à fait : le sentiment d’arriver quelque part véritablement lointain et spécifique, un endroit avec une culture distincte (acadienne, madelinoise, micmaque, immigrante irlandaise) et un paysage qui récompense une attention soutenue plutôt que des belles perspectives rapides.
C’est aussi véritablement exigeant. Les distances sont réelles, les hébergements dans les sections les plus isolées nécessitent une réservation à l’avance (j’avais réservé en mai pour un voyage en août et avais des choix limités à certains arrêts), et la météo sur la côte nord de la péninsule peut être sévère même en été — nous avons eu une journée de pluie horizontale et de vents de 15 km/h qui rendaient la randonnée peu recommandable et poussait notre voiture aux limites de ce pour quoi une Subaru 2020 est homologuée en vent latéral.
Mais la colonie de fous de Bassan sur l’île Bonaventure, la lumière de l’aube sur le Rocher Percé, les caribous sur la crête du mont Jacques-Cartier — ce sont les types de choses pour lesquelles on fait dix heures de route.
L’itinéraire de la boucle gaspésienne couvre l’itinéraire pratique en détail. La page destination de la péninsule gaspésienne fournit le contexte régional. Et les pages de Percé et de Forillon couvrent ces zones spécifiques.