Québec virtuel : voyager en fauteuil pendant la pandémie
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Le voyage qui n’a pas eu lieu
En mars 2020, j’avais un voyage réservé pour Québec et Charlevoix fin avril. Je devais séjourner à l’Hôtel Le Germain Charlevoix à Baie-Saint-Paul trois nuits, puis conduire jusqu’à Tadoussac pour les premières observations de baleines de la saison. La réservation était faite, les vols confirmés, la voiture de location organisée.
Puis les frontières ont fermé, et le voyage est devenu une collection de courriels de confirmation de réservation qui ont traîné dans ma boîte de réception, non annulés plus longtemps que la raison ne le commandait, parce qu’annuler semblait abandonner quelque chose définitivement plutôt que simplement le reporter.
Tous ceux qui voyageaient régulièrement avaient une version de cette histoire au printemps 2020. Ce que je veux écrire, c’est ce qui s’est passé après les annulations — comment un groupe d’amis et moi, qui avions tous à des degrés divers une obsession pour le Québec, avons géré l’absence soudaine d’un endroit où nous allions régulièrement depuis des années.
Le terrier YouTube
Ça a commencé avec une chaîne YouTube appelée Les Aventures de Sébastien — un voyageur canadien-français qui fait de longues vidéos de style documentaire sur les parties reculées du Québec que la plupart des visiteurs n’atteignent jamais : la Côte-Nord au nord de Tadoussac, la route de la Baie-James, l’île d’Anticosti. Les vidéos sont en français québécois, ce qui nécessite de la concentration de ma part, mais les paysages sont extraordinaires et le commentaire sans prétention. J’ai regardé peut-être trente heures de ce contenu entre mars et juin.
De là, j’ai trouvé les archives de Télé-Québec, partiellement disponibles en ligne : de vieux documentaires sur les pêcheries de la Gaspésie, sur la construction du système de barrages Manicouagan sur la Côte-Nord, sur la communauté Huron-Wendat à Wendake. Il y a une série des années 1980 sur les métiers traditionnels dans le Québec rural — la forge, la menuiserie, la production de sirop d’érable — visuellement lente et presque hypnotique. J’ai regardé six épisodes en une soirée.
Puis j’ai trouvé les images de drones, qui forment leur propre genre. Le Québec vu du ciel, en particulier l’estuaire du Saint-Laurent, la côte de Charlevoix et les Laurentides en automne, est le type de visuel qui vous pousse soit à réserver immédiatement un vol, soit à rester dans une profonde frustration parce que vous ne pouvez pas réserver de vol. En 2020, c’était ce dernier cas.
Le sirop d’érable par la poste
Un ami qui était allé fréquemment à Montréal m’a parlé d’une boutique en ligne gérée par un petit producteur des Cantons-de-l’Est — Érablière du Chemin Perdu, près de Compton — qui expédiait des produits de l’érable à l’international. Cela a conduit à une expérience prolongée de cuisine à base d’érable dont mon foyer parle encore.
Le sirop d’érable ambré est la variété du quotidien, celui qu’on met sur les crêpes. Mais il y a aussi le sirop d’érable foncé, qui a une saveur plus intense, presque fumée, meilleure pour la cuisine salée — les carottes rôties, le magret de canard glacé, une réduction pour la venaison. Il y a le beurre d’érable, qui est du sirop d’érable fouetté jusqu’à cristallisation en une pâte à tartiner qui est tellement bon sur du pain grillé que j’ai dû me rationner. Et il y a le sucre d’érable, qui peut remplacer le sucre ordinaire dans la pâtisserie et donne un goût presque caramélisé à tout ce qu’il touche.
J’ai fait de la tourtière à partir d’une recette trouvée sur le site d’un journaliste gastronomique montréalais — le style Lac-Saint-Jean, qui utilise de la viande en cubes plutôt que hachée, une tourte plus dense et plus satisfaisante qui prend quatre heures à bien faire et remplit la cuisine d’une odeur de gibier et de genévrier. Nous l’avons faite deux fois pendant le confinement et l’avons mangée avec des betteraves marinées et une salade simple, ce qui semblait approprié.
J’ai aussi commandé auprès d’un producteur de cidre québécois qui expédie — Les Vergers de la Colline, sur l’île d’Orléans — dont le cidre de glace est fait à partir de pommes laissées sur les arbres jusqu’après les premières gelées, puis fermentées. Le résultat est doux et intense et ne ressemble à aucun autre cidre que j’aie bu, et c’est genuinement du Québec en bouteille : un produit qui existe grâce au climat spécifique de la province.
Le Québec francophone, à la maison
Je me suis inscrit à un groupe de conversation française en ligne géré par une école de langue montréalaise — École de langue, opérant en ligne pendant la pandémie. Le groupe se réunissait chaque semaine par appel vidéo pendant quatre-vingt-dix minutes, avec six à huit participants à différents niveaux de français, dont la plupart avaient une connexion au Québec ou au Canada francophone. La professeure, une femme de Saguenay nommée Marie-Claude, était excellente et corrigeait sans pitié ma tendance à appliquer la phonologie du français européen au vocabulaire québécois.
Ça s’est avéré être l’une des choses les plus utiles que j’aie faites en 2020. Ma compréhension du français québécois s’est significativement améliorée — non seulement dans la reconnaissance des accents, mais dans le vocabulaire. J’ai appris dépanneur (épicerie du coin), char (voiture), bec (bisou), pogner (attraper, obtenir), être game (être partant pour quelque chose), ostie et ses variantes (le système de jurons québécois, qui est entièrement basé sur des objets sacrés plutôt que des fonctions corporelles, est un terrier linguistique fascinant que je laisse le lecteur explorer). Au moment où j’ai pu revenir, les conversations au Québec sont devenues distinctement plus faciles.
Les livres
J’avais lu de la littérature québécoise avant la pandémie — les pièces Les Belles-Sœurs de Michel Tremblay, du Réjean Ducharme — mais j’ai utilisé le confinement pour aller plus loin. La romancière Marie-Claire Blais, décédée en 2021, écrivait sur la société québécoise d’une façon à la fois spécifique et universelle ; Une saison dans la vie d’Emmanuel est le point de départ. Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy, situé à Saint-Henri à Montréal pendant la Seconde Guerre mondiale, est l’un des romans québécois canoniques et disponible en traduction anglaise sous le titre The Tin Flute. J’ai également lu une histoire de la Nouvelle-France par l’historien Gilles Havard qui m’a donné plus de contexte pour les endroits que j’avais visités — pourquoi le Vieux-Québec ressemble à ce qu’il est, pourquoi la relation entre le français et l’anglais dans la province porte le poids spécifique qu’elle porte.
À quoi ça servait vraiment
Le voyage en fauteuil n’est pas le voyage. C’est là sa limite et aussi sa qualité particulière. Ce que j’ai trouvé, en travaillant à travers le Québec à distance pendant une année où je ne pouvais pas y aller, c’est que l’endroit est devenu plus spécifique pour moi — pas plus généralisé, pas une carte postale, mais plus détaillé et plus à moi d’une façon que je ne sais pas tout à fait articuler.
Quand je suis finalement rentré — avril 2021, dès que les règles l’ont permis — je suis arrivé à l’aéroport de Québec avec un sens plus fort de ce que je voulais faire, où je voulais manger et avec qui je voulais parler que lors de n’importe quelle visite précédente. L’absence avait clarifié quelque chose.
Pour planifier votre propre voyage quand vous pouvez y aller : le guide de la meilleure période pour visiter couvre la logique saisonnière en détail. Et si vous voulez commencer par l’expérience du français québécois, le guide de la langue et de la culture couvre ce à quoi s’attendre linguistiquement dans chaque ville.